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  • Coach et consultante en bilan de compétences

 

 

 

 

Avec un record de plus de 5 millions de chômeurs en France, la question de l'emploi est la question cruciale dans notre pays. Avec quel regard, un coach voit cette courbe augmenter chaque mois ?

Le coach est d’abord un être humain comme un autre : il regarde la courbe ascendante du chômage avec effroi et avec empathie pour ceux qui sont touchés. D’autant plus que ses proches sont ou ont été chômeurs, il l’a peut-être été un jour lui-même. Il se pose les questions de tout un chacun : l’Europe, la mondialisation, la désindustrialisation, l’accompagnement des collaborateurs dans les changements de métier, …

Le coach n’est pas tout puissant : il peut rêver d’avoir une influence sur l’entreprise; mais son métier, c’est le sujet dans l’entreprise, l’individu. C’est une frustration et une ambiguïté avec laquelle il doit vivre : vouloir changer le monde et le rendre meilleur … en acceptant que son influence s’arrête à ce que la personne accompagnée veut et peut donner de lui, à travers son histoire personnelle et professionnelle. En aucun cas le coach n’est un expert économique ou international ou politique.  

Pour exemple : j’ai accompagné le dirigeant d’une grosse PME détenue par le fondateur, son patron. Au cours des toutes premières séances, j’ai entendu, derrière sa demande initiale « je suis trop stressé par la situation économique de l’entreprise» qu’il venait en fait chercher une autorisation de faire un plan social. Mon travail a consisté non pas à légitimer ou infirmer, mais à le faire travailler sur la réalité : quels sont les enjeux pour lui et l’entreprise ? Est-ce le moment ? Ce plan social le ferait-il paraître fort aux yeux de son patron fondateur ?  Après la sixième séance, il a rassemblé les syndicats et entamé un dialogue pour adapter le rythme de travail aux difficultés de l’entreprise. 

 

Il n'y a pas si longtemps, on 'faisait' carrière dans une entreprise unique, aujourd'hui ce modèle tend à disparaître pour être remplacé par plusieurs carrières professionnelles dans une même vie. Quel rôle joue le coach dans ce contexte ?

Le rôle du coach, à mon sens, est d’accompagner la personne à trouver la voie dans laquelle il va s’épanouir et se réaliser… situation idéale !

Dans la réalité, dans un monde où les technologies évoluent à toute vitesse, où l’information arrive presque instantanément, où les métiers doivent s’adapter voire disparaître, il convient pour l’individu de trouver sa zone de sécurité et de progression en respectant son rythme. Mon travail est d’amener la personne que j’accompagne à voir qui elle est en profondeur en prenant conscience de ses moyens et limites, d’accepter l’ensemble et de développer son altérité pour s’inscrire dans le monde. A partir de là, elle peut devenir autonome, dans le plus grand nombre possible de circonstances, quel que soit le contexte, et se sentir le plus sécurisé possible dans un monde qui ne l’est plus. Il faut faire avec la réalité de qui on est et de ce qu’est le monde.

Mon métier n’est pas de faire plaisir à la personne que j’accompagne : elle peut rêver ou avoir envie de changer de métier, d’entreprise, de vie, de pays… il s’agit de vérifier qu’elle ne se met pas en danger. L’accompagnement va permettre de visiter ses aspirations et ses contraintes pour déboucher sur un projet réaliste.

 

Entre psy et coach, est-ce que le rôle du coach est d'être présent dans cet espace entre deux et parfois même improbable ?

Tout d’abord, je suis convaincue que pour faire ce job en toute sécurité pour soi-même et pour la personne accompagnée, il faut avoir fait un travail personnel très approfondi. Ensuite, bien sûr, il faut absolument être supervisé très régulièrement. Entre les deux, il faut s’être formé dans la durée, tant cliniquement que théoriquement. Et il faut continuer à se former et être à l’écoute. 

Dans ce cadre qui est le mien, la limite entre la psycho-thérapie et le coaching peut sembler mince. Pourtant, il y a des différences majeures : le coaching est limité dans la durée, les séances sont espacées, le travail se fait donc au niveau pré-conscient ; il interroge le travail même si les aller-retours avec la vie privée sont naturels, les valeurs de chacun étant les mêmes au bureau qu’à la maison et nos choix étant fortement inspirés par notre éducation et nos référents.

Les gens ont peu d’occasion de parler d’eux en profondeur, de visiter leurs choix, leurs rêves, leurs succès et leurs échecs. Aussi, l’effet de la parole dans un cadre strictement confidentiel et sécurisé, est très libérateur et donne ce sentiment d’introspection approfondi. Il met surtout la personne accompagnée en mouvement et lui permet de faire la différence entre sa réalité et son imaginaire.

Bref, l’accompagnement n’est pas une thérapie, mais elle peut avoir un effet thérapeutique !

 

Pourquoi tant de coaches, c'est pourtant un métier difficile à la fois d'écoute, de conseils subtiles et de psychologie ?

Chère Nathalie, vous qui êtes une personne bien informée, vous signifiez que la fonction de coach est conjuguée aujourd’hui à tous les domaines de la vie : life-coach, coach sportif, love coaching, coaching mode, coaching séduction, coaching pour maigrir… Les conséquences sur les individus ne sont probablement pas partout de la même importance. Je l’espère.

Dans le domaine professionnel, plutôt que coaching, je préfère parler d’accompagnement. Là aussi : beaucoup de méthodes, beaucoup d’écoles. Pour ma part, je ne crois pas aux recettes miracles par lesquelles on colle un outil sur la personne dont l’effet va être bref car extérieur à elle. C’est comme un pansement qui sauterait sous la prochaine douche. Je recommande aussi de se méfier des promesses sur les effets de l’accompagnement : par exemple, on ne peut pas rendre quelqu’un « performant » s’il n’en a pas envie, si son désir est ailleurs. Ces coachs sont dans l’injonction de faire et laissent l’illusion au DRH et à la personne accompagnée qu’un miracle est possible. Dans ce cas, nul besoin d’écoute et de psychologie : coller au programme et s’y tenir, quelle que soit la personne. 

Alors, oui : être coach dans ces conditions n’est pas insurmontable. Au mieux, l’effet de l’accompagnement est nul. Mais au pire, les effets sur la personne accompagnée peuvent être désastreuses.